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Mastodon : futur poids lourd des réseaux sociaux ?

05/09/2017

Souvenez-vous ! C’était il y a presque cinq mois, autrement dit une éternité sur Internet. Tout le monde s’enthousiasmait pour un nouveau réseau social. Son nom : Mastodon. Sa valeur ajoutée : une ergonomie pratique inspirée des grandes plateformes sans les désagréments de la centralisation.

 

En effet, Mastodon est une plateforme de microblogging décentralisée créée par un ingénieur allemand du nom d’Eugene Rochko en 2016. Son ambition : créer une alternative à Twitter à la fois libre, décentralisée et sûre :

  • libre car Mastodon est avant tout un logiciel libre qu’on installe sur son serveur ;

  • décentralisée car l’utilisateur n’est pas connecté à des serveurs appartenant à une seule société comme Twitter ou Facebook mais à des instances gérées par des administrateurs. Ces dernières peuvent être vues comme des « mini réseaux sociaux » qui interagissent entre eux et, surtout qui peuvent être hébergés par tout le monde.

  • sûr car les administrateurs d’instance mettent en œuvre des règles pour protéger leur communauté.

 

 

Retour vers l’utopie des réseaux sociaux

Plus globalement, on sent une volonté de renouer avec les échanges à la fois spontanés, sereins et constructifs qui auraient marqué l’âge d’or des réseaux sociaux. Première chose qui frappe lorsqu’on utilise Mastodon : la possibilité d’écrire des messages (appelés « pouets », traduction de l’anglais « toots ») pouvant aller jusqu’à 500 caractères. Si les tweets de 140 caractères ont leur charme par leur concision invitant au trait d’esprit ou à l’aphorisme (voir, par exemple, le fil Twitter du philosophe Edgar Morin), ils ont vite dégénérés en formules marketing, pensées slogans et autres insultes. Par leur longueur, les « pouets », malgré une dénomination peu ragoûtante, sont plus enclins à la nuance et à la modération, loin des débats binaires et stériles qui pullulent sur le réseau de l’oiseau bleu.

Ce sentiment de sérénité relève de la structure même de Mastodon puisque les administrateurs d’instance instaurent les règles de modération qu’ils souhaitent afin d’éviter les insultes, le troll, le harcèlement… Cela conduit à l’existence d’« espaces sûrs » (« safe places ») où l’on peut échanger en toute tranquillité, quel que soit son profil, sans risque d’agression. Cela s’avère salutaire face à Twitter et d’autres réseaux sociaux qui, non contents de connaître des difficultés de modération, n’ont d’autres choix que la censure pour accommoder les sensibilités de chacun.

La double peine donc.

Si cela n’est pas suffisant, il est possible de définir plusieurs niveaux de confidentialité à son message. Celui-ci peut également être accompagné d’un avertissement pour prévenir des contenus choquants ou pour éviter des spoilers.

 

Résultat des courses : Mastodon a connu un succès foudroyant en avril 2017 avec un nombre d’abonnés passant de 15 000 à 400 000 en une quinzaine de jours seulement avec notamment une forte mobilisation des Français.

 

Et c’est vrai que l’ambiance sur Mastodon est plutôt bon enfant. On s’entraide pour connaître les fonctionnalités du réseau. On « pouet » ou on « booste » (l’équivalent du retweet) en toute bonhomie. On suit avec attention de longs messages tour à tour drôles, touchants ou instructifs (ou futiles). On met en favori du contenu jugé informatif là où Twitter nous oblige depuis un moment à les « aimer » (avec un coeur) ce qui peut conduire à des quiproquos. Tout cela se fait dans un état d’esprit positif sans que l’on soit importuné par de la publicité, du contenu offensant ou même le nombre d’abonnés des utilisateurs (dont on sent bien qu’il conduit à une certaine hiérarchie sociale engendrant des rapports de domination) qui n’apparaissent que lorsque l’on clique sur le profil utilisateur.

Somme toute, la définition même du réseau social qui suppose des interconnexions et de la discussion.

 

L’ambivalence du splinternet comme source de sûreté

Pourtant, tout n’est pas rose au pays des Mastodon. On peut se demander si cette fragmentation des communautés en instances pour éviter les tensions ne peut pas être aussi vue comme du repli sur soi, l’érection de barrières pour éviter d’entrer en contact avec tout ce qui est différent. C’est la thèse du splinternet : pour vivre librement, vivons entre nous. Appelée également « balkanisation du web », elle met plutôt l’accent sur ce qui nous sépare plutôt que sur ce qui nous rassemble. C’est aussi la théorie de la bulle de filtre qui explique que, sur internet, on est exposé en majorité à du contenu conforme à nos idées.

Tant que celles-ci respectent la loi et le bien commun, à la rigueur, pourquoi pas. Après tout, il s’agit d’un moindre mal (pour ne pas dire plus) afin de permettre à des personnes discriminées ailleurs de se regrouper. Mais qu’en est-il d’idées ou d’idéologies moins reluisantes, voire illégales ?

Les administrateurs d’instances en France (et plus généralement en Occident) ont d’ailleurs été confrontés à un problème éthique avec l’arrivée massive des Japonais sur la plateforme. Il faut savoir qu’ils raffolent de Twitter qui a plus de succès là-bas que Facebook. Assez logiquement, ils ont vite adopté Mastodon. Actuellement, trois des plus grosses instances sont localisées au pays du Soleil-Levant. Problème : les « lolicons » constituent une grosse part du contenu partagé. Il s’agit de dessins de jeunes adolescentes qui sont tout à fait légaux et ordinaires au Japon mais qui relèvent de la pédopornographie dans nos contrées.

L’ironie est que c’est bien le caractère décentralisé de Mastodon qui a attiré ce public censuré sur Twitter. La double ironie est que les administrateurs d’instance occidentaux (dont mastodon.cloud la cinquième plus grosse dans le monde et la première aux États-Unis) ont été conduit à bannir l’accès à ces images.

Au final, on peut s’interroger sur la pérennité de cette plateforme. On estime son nombre d’utilisateurs entre 800 000 et 1 500 000. Présenté souvent comme un concurrent à Twitter, on doute qu’il parvienne à supplanter un jour ce dernier tant il est bien installé malgré des problèmes de rentabilité. Le risque que le réseau social soit associé à du contenu illégal est également à craindre tant les clichés sur les espaces marginaux du web ont la vie dure (du Dark web berceau de la criminalité aux messageries chiffrées réduites à leur utilisation par des terroristes). Cela reste une barrière pour attirer le grand public. Par contre, Mastodon se présente comme un refuge pour celles et ceux qui souhaitent discuter librement sans épée de Damoclès sur la tête.

Et ça, c’est déjà énorme.

 

Article rédigé par Thierry Randretsa

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