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Tendances, entrepreneuriat, innovations et actualité digitale : « The Push » : quand Netflix mêle crime et téléréalité
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Fun - Tendances

« The Push » : quand Netflix mêle crime et téléréalité

23/02/2018

Netflix repousse les limites de la téléréalité dans un nouveau programme intitulé « The Push ». L’idée ? Inciter un participant à commettre un meurtre.

Longtemps décrié en France pour son voyeurisme, sa vulgarité, sa superficialité ou son côté malsain, la téléréalité s’est fondue dans le paysage audiovisuel. Qu’il s’agisse de montrer des candidats placés dans des conditions de survie, de relater le quotidien de personnalités du showbusiness américain ou de mettre à nu au propre comme au figuré le quotidien d’anonymes soigneusement sélectionnés, ceux que d’aucun qualifient de « télépoubelle » continue son bonhomme de chemin sur les chaînes de la TNT et ailleurs. Ringardisé par Youtube, le genre semble s’être essoufflé contrastant avec l’âge d’or où les émissions donnaient dans la surenchère en proposant des concepts toujours plus « extrêmes » dans la course à l’audimat.

 

« How I Could Just Kill a Man » ?


Toutefois, la téléralité pourrait revenir sur le devant de la scène avec un acteur de premier plan : Netflix. Séries, films, documentaires, standups… Le service de vidéo à la demande comptant plus de cent millions d’abonnés est partout : pourquoi n’investirait-il pas le champ de la téléréalité ? Il ne manquait plus qu’un concept bien trash pour que la sauce prenne. C’est désormais chose faite avec “The Push”.

En effet, cette émission propose de briser le dernier tabou qu’aucune autre n’avait osé franchir jusque-là, pas même ce « Hunger Games » russe qui promettait des scènes de viol et de meurtre et qui s’est avéré être un canular. Rassurez-vous : personne n’est mort sur le tournage de « The Push ». Nous ne sommes pas dans le « Prix du danger » ou dans « The Running Man ». Le concept n’en reste pas moins troublant, pour dire le moins. Il s’agit de montrer comment un homme peut être amené à tuer sous la pression sociale.


 

L’expérience de Milgram


Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Dans les années 60, le psychologue américain Stanley Milgram s’est rendu célèbre pour une expérience qui porte son nom. Le dispositif était le suivant : un élève devait mémoriser des listes de mots. En cas d’erreur, un enseignant le punissait en lui envoyant des décharges électriques. Le tout était placé sous l’autorité d’un expérimentateur.

Évidemment, les décharges électriques étaient simulées, de même que l’élève et l’expérimentateur étaient des acteurs. Mais le véritable sujet de l’expérience, l’enseignant, ne le savait pas, l’élève étant placé dans une salle à part. Seuls lui parvenaient les cris de douleurs et les supplications de ce dernier qui se faisaient de plus en plus pressantes à mesure que les (fausses) décharges augmentaient en intensité.

Malgré le constat de la souffrance infligée, le sujet continuait l’expérience dans la plupart des cas. Pourquoi ? Par obéissance à l’autorité. Ici réside la principale leçon de l’expérience de Milgram : peu importe l’immoralité ou l’inhumanité d’un ordre, les sujets préfèrent en majorité l’exécuter par conformisme au lieu de défier l’autorité. À l’époque, les travaux de Milgram entraient en écho avec les réflexions de la philosophe Hannah Arendt qui suivait le procès du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann. Responsable de la logistique dans l’extermination des Juifs, il s’est pourtant défendu en se défaussant sur l’autorité hiérarchique. Il déclarait n’être qu’un rouage dans la machine, se contentant de suivre les ordres. Soit l’illustration de la « banalité du mal » selon la fameuse formule d’Arendt.

 

Making a murderer


Près de cinquante ans plus tard, l’expérience de Milgram est reproduite dans un documentaire français appelé « Le jeu de la mort » et diffusé sur une chaîne du service public. En 2018, « The Push » semble pousser le bouchon plus loin. En effet, ce ne sont pas moins de 70 acteurs qui ont été recrutés pour pousser le participant à bout. Selon son concepteur Derren Brown, illusionniste, mentaliste et hypnotiseur britannique, il s’agit de « l’enfermer dans un réseau de mensonges » afin que le meurtre lui paraisse comme la seule issue possible ». Le dispositif est autrement plus dense que la présence d’une autorité représentée par une seule personne. Nous sommes plus proches de ce que proposent les films « Truman Show » et « The Game » avec la création d’un univers crédible mis en scène au travers d’un « scénario méticuleusement planifié et répété ». Cependant, si tout se finit bien pour le personnage joué par Michael Douglas dans le film de David Fincher, on peut s’interroger sur l’étendue des dommages psychologiques subis par le candidat de « The Push ».

Rendez-vous le 27 février prochain pour celles et ceux qui veulent en savoir plus. « The Push » est le premier d’une série de trois shows conçus par Derren Brown.

 

 


Article rédigé par Thierry Randretsa

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