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Tendances, entrepreneuriat, innovations et actualité digitale : Graphiste : l'art de donner corps à l'idée
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Graphiste : l'art de donner corps à l'idée

22/12/2017

Marseille, la Martinique, le métier de graphiste et l’ombre de la virtualité. Rencontre avec un designer à la personnalité tranchée et au profil singulier.

C’est quoi, être graphiste ?

 

C’est magnifier un produit. C’est donner une identité à quelque chose, essentiellement visuelle mais pas que. C’est conceptualiser une communication aussi. On doit donner forme à des idées, à des pensées qui seront interprétées. Tout le challenge est là, car le gros du message doit pouvoir être perçu et reçu malgré tout. On doit toujours s’adapter à une cible déterminée ou un certain public.

 

 

Depuis combien de temps fais-tu ce métier ?

 

Depuis toujours. Je faisais des dessins dans le ventre de ma mère.
Ça fera 13 ans cette année, en tant que pro. On ajoute quatre ans si on compte les études.

 

 

Tu l’as toujours voulu ?

 

Quand j’étais petit, je voulais devenir pilote de chasse, mais je n’ai pas de bons yeux. J’adore les avions… la liberté. C’est magnifique un truc aussi lourd qui peut s’envoler comme ça.
Par la suite, j’ai voulu être designer automobile. Les joies de l’orientation ont fait que je suis devenu graphiste.

 

 

C’est quoi ton objectif ?

 

Pas besoin d’objectif. Quand tu es graphiste, tu peux toujours te réinventer. Même au bout de dix ans.

 

 

Quel est ton parcours ?

 

Je suis né en Martinique et j’ai fait toute ma scolarité là-bas, au lycée Victor Schœlcher. Il a signé le décret d’abolition de l'esclavage. Avant de se répandre dans les îles, la révolte a commencé en Martinique. Tout le monde ne le sait pas.

J’étais un bon élève jusqu’à que je me rende compte que le strict minimum suffisait… je suis souvent en compétition avec ma fainéantise. Je m’ennuyais, sauf en histoire et en géographie. Malheureusement, ça, je l’ai identifié plus tard.


Après l’obtention de mon bac, j’ai quitté la Martinique pour Marseille, afin de démarrer mes études. J’ai suivi une année de mise à niveau (dessin, illustration, histoire de l’art,...), puis deux ans de spécialisation en pub et communication visuelle dans une école privée marseillaise. Mais honnêtement, j’ai surtout appris seul, sur le tas. J'étais entouré de bourges qui s'étaient retrouvés là parce qu’il y avait de la lumière. Quelques-uns étaient ignorants mais pour autant condescendants : “Ils parlent quelle langue en Martinique ? [...] Il y a des routes ?”. L’un d’entre eux m’a appelé “Coco” pendant un an. Parce que noix de coco, les îles, tout ça. Très éloquent le garçon. Je ne lui ai pas mis de droite, mon seul regret.

Comme les débouchés dans la pub sont rares, je suis monté à Paris pour un contrat pro dans le web et étendre mon panel de compétences. Après ça, je suis redescendu à Marseille. En novembre, on peut se balader en t-shirt. 

Sinon, j’ai fait une alternance à Paris et un stage à Londres. Mais avec le recul, le meilleur de mon expérience n’a rien à voir avec mon métier de graphiste. J’ai travaillé chez Quick pendant mes études. C’était une très belle expérience humaine. Et puis, il y a des enjeux que tu ne soupçonnes pas pour un sandwich... tellement de choses peuvent se passer.

 

 

Quelles sont les différences majeures entre le print et le web ?

 

Tu ne travailles pas sur le même support. En print, tu ne peux pas te planter. Le support est fixe et inerte donc tu n’as pas la même appréhension du projet. Ton support n’évoluera pas, une fois fait c’est fait. Et puis, plusieurs sens interviennent. Tu peux jouer avec le toucher, choisir un vernis brillant ou mat, un pelliculage. Tu as l’odeur du papier mêlée à celle de l’encre. L’expérience sensorielle peut être complète.
En web, étant donné que le virtuel remplace tout ça, tu dois redoubler de créativité. Tu te retrouves avec un simple écran et comme les gens ne restent pas mille ans sur une page, il faut trouver le bon moyen de donner l’info en un quart de seconde.
C’est à l’image de la société actuelle ceci dit : tu n’as pas le produit qu’il te faut, la nana que tu veux ? Tu te casses. Les gens ne prennent plus le temps.

 

 

Est-ce que tu utilises des réseaux sociaux pour communiquer sur ton travail (Dribbble, Behance,...) ?

 

Je poste des trucs sur Behance, une plateforme pour graphiste, histoire d’avoir un support sur lequel présenter ce que je fais. Mais en règle générale, je n’utilise aucun réseau social.
Enfin si, Facebook, mais juste pour regarder. A mon sens, c’est de la poudre aux yeux et un moyen de surveiller la population. Je me méfie du virtuel, je préfère le réel.

 

 

Des inspirations ?

 

J’aime le raffiné, le simple, le concret et le minimalisme. Si je dois citer des noms : Stephan Muntaner, une grande figure marseillaise du design, auprès de qui j’ai fait un stage. Il est doué dans beaucoup de choses comme le montage, la réalisation et l’illustration.
J’apprécie aussi le travail de Ruedi Baur, un spécialiste de la typographie. J’adore la typographie, où juste le trait suffit pour faire passer un message. Banksy, parce que c’est créatif. Mondrian, l’esprit du Bauhaus, la tendance art déco, Klimt et les affiches de propagande russe. J’ai eu l’occasion d’en voir exposées à Londres. J’aime l’expression du rouge et de la révolution. J’ai toujours aimé le rouge. J’avais une salopette rouge quand j’étais petit et je l’adorais.

 

 

Les avantages et les inconvénients du freelance quand on est graphiste ?

 

Sur le principe, y’a pas de différences entre le freelance et l’agence. Tu as toujours des délais et des clients. Après, quand tu es indépendant, tu n’as pas de patron et tu choisis les gens pour qui tu bosses si tu peux te le permettre. Mais t’as pas de sécurité sociale, pas la sécurité de l’emploi et il faut être très organisé, commercial, commerçant. En plus de ça, tout ne marche qu’en réseau. Il y a de la concurrence en termes de qualité, mais surtout de prix. Les graphistes ont tendance à se brader parce que le design est encore très peu considéré à l’égard de ce qu’il vaut. Dans d’autres pays, à compétences égales, les recruteurs vont davantage s’attarder sur ton CV et tes expériences que ton carnet d’adresses.
Ce milieu, comme beaucoup d’autres, a son plafond de verre... et un ascenseur social qui ne fonctionne pas.

 

 

La création dont tu es le plus fier ?

 

Quand j’étais en alternance à Paris (DA Junior), on a dû un jour livrer une maquette pour les laboratoires suisses Teoxane. Ma proposition a été retenue. J’ai gagné devant le DA Senior.

 

 

C’est quoi un mauvais graphiste ?

 

Il n’y a pas de bon ou de mauvais graphiste, c’est trop relatif. Mais je dirai que le bon graphiste use de simplicité et de finesse et ne laisse rien au hasard. Le diable se cache dans les détails.

 

 

La mort du graphiste, c’est pour quand ?

 

Jamais. Dans notre société où le paraître prime, on aura toujours besoin de graphistes. En revanche, certaines techniques comme le motion design ou la réalité augmentée vont fatalement entraîner des mutations dans notre activité et la modifier.

 

 

Tu songes parfois à une reconversion ?

 

Oui. Je voudrais revenir à du concret, à plus de réalité. Peut-être devenir Chef, parce que dans la cuisine il y’a du créatif, du visuel, un cahier des charges et on exploite tous ses sens. Ou charpentier, comme Jésus ! Charpentier et graphiste, c’est presque pareil finalement : que tu fasses d’une idée un support ou d’un morceau de bois une toiture, tu donnes forme à quelque chose.

 

 

 

Article rédigé par Pauline Carpentier

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