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Second life, seconde jeunesse

Que reste-t-il du jeu Second Life ?

06/11/2017

Le monde virtuel « Second Life » nous promettait de vivre une seconde vie. Une dizaine d’années plus tard, qu’en reste-t-il ?

Rappelez vous, c’était en 2003. Les réseaux sociaux n’existaient pas encore. Le web n’en était qu’à sa première version. On utilisait encore le navigateur Netscape et les mobiles ne servaient qu’à téléphoner. Une entreprise américaine du nom de Linden Lab eut l’idée géniale de rendre accessible les univers virtuels. Comme son nom l’indique, Second Life offrait la possibilité de vivre une seconde vie. Sous-entendue une vie excitante et épanouissante par avatar interposé et sensée nous faire oublier la routine du quotidien. Pour la première fois, le grand public allait pouvoir entrer dans la matrice. Ou plutôt dans le « métavers », pour reprendre le terme désignant un monde virtuel et emprunté à l’écrivain américain Neal Stephenson dans son roman Snow Crash, publié en 1992. Ajoutons que ce monde était l’oeuvre même de ses utilisateurs qui avaient la liberté de créer tout ce qui leur passait par la tête, à condition d’avoir les compétences techniques.

Le succès fut grandissant au point qu’au milieu des années 2000 Second Life connut un buzz pour employer un anachronisme. Tout le monde s’y mit : les marques, les politiques… Le groupe U2 organisa un concert. Des États ouvrirent leur ambassade. Puis, la hype retomba. Ce qui peut être perçu rétrospectivement comme un carton était en fait un succès d’estime. Au plus fort de sa gloire, Second Life ne réunissait que 1,1 million d’utilisateurs actifs par mois.

 

 

A day in second life

 

Aujourd’hui, ce chiffre est estimé entre 800 000 et 900 000 selon le directeur de la communication de Linden Lab. La plateforme est restée dans une certain mesure fidèle à son esprit d’origine. Complètement barré, on y croise toute une galerie de personnages hauts en couleur. On fait face à des situations absurdes. On vit des expériences inédites que les conventions sociales ou juridiques nous interdiraient dans la vraie vie. L’univers est à ce point attachant que des personnes le fréquentent depuis sa création. Elles ont noué des relations qui sont devenues des amis dans la vie réelle. Pour d’autres, Second Life est bien cette promesse d’une autre vie qu’elles ne pourraient pas connaître autrement en raison d’un handicap physique ou social.

Le commerce est une autre composante incontournable de Second Life. Il est possible de vendre ses créations en passant des transactions avec la monnaie locale, le « Linden dollar », susceptible d’être changé contre du dollar américain. En 2015, les échanges ont atteint la somme de 60 millions de dollars. C’est comme cela que la plateforme se finance.

 

 

L’influenceur influencé

 

Depuis, on constate une « Amazonification » de Second Life pour reprendre le néologisme employé par Ars Technica. Les transactions n’ont plus lieu dans des boutiques virtuelles mais passent par un système géré directement par Linden Lab ce qui ne fait pas que des heureux. Les « vieux de la vieille » regrettent le temps où Second Life était un espace où ses utilisateurs flânaient et se laissaient porter par le plaisir de la découverte. Une sorte de sérendipité virtuelle. À l’heure des « Instant Articles » et des « Stories » éphémères, le nomadisme initial a laissé la place aux comportements sédentaires. Selon une utilisatrice expérimentée interviewée par Ars Technica, les gens achètent leur territoire pour y rester : Second Life est devenue une expérience solitaire.

Faut-il y voir l’influence, même inconsciente, des réseaux sociaux sur lesquels nous alimentons nos profils ou nos pages sans forcément interagir avec autrui ? Ce serait un comble tant Second Life a été à l’avant-garde de comportements qui allaient devenir la norme sur les médias sociaux à une époque où les Facebook et autres Instagram n’existaient pas. Encore aujourd’hui, tout ce que l’on peut rencontrer dans Second Life est le fruit de la diversité de l’expérience humaine. Et si le métavers a été à l’origine de tendances du web 2.0, il se nourrit aussi de ce qui se fait aujourd’hui, comme en témoignent les vidéos de unboxing d’items virtuels sur Youtube.

 

 

Retour vers le futur

 

À l’heure où la réalité virtuelle est en plein développement et qu’un certain Mark Zuckerberg aurait pour projet de faire de Facebook une plateforme de « réalité virtuelle sociale », il est ironique de constater que Second Life opère un retour aux sources ! En effet, Linden Lab avait pour projet initial de développer une technologie qui devait immerger ses utilisateurs dans des mondes virtuels. Nous étions à la fin des années 90 et la réalité virtuelle avait le vent en poupe. Toutefois, le prototype ne fut jamais commercialisé en raison de contraintes techniques.

Dorénavant, Linden Lab est décidé à embrasser pleinement cette technologie. Pour l’occasion, ils ont décidé de partir sur de nouvelles bases en distinguant Second Life d’un nouveau projet dénommé Sansar. Une nouvelle qui désoriente les fans de la première heure qui craignent la disparition de leur métavers favori. Pourquoi ne pas l’avoir adapté aux casques de réalité virtuelle existants ? Parce que cela n’est technologiquement pas possible de faire tourner le software à 90 images par secondes sur l’Oculus Rifts et le HTC Vive. Toutefois, les développeurs de Linden Lab se veulent rassurant : Second Life continuera d’exister aux côtés de Sansar.

Mais l’avenir est plutôt du côté de ce dernier tant la réalité virtuelle offre l’immersion nécessaire pour vivre vraiment et pleinement une « seconde vie ». Un constat partagé par Philipp Rosedale, fondateur de Lindenlab et patron de High Fidelity, une société à l’origine d’une plateforme dédiée à la création d’univers virtuels : « nous allons voir les mondes virtuels remplacer le monde réel. On vivra et on travaillera dans les mondes virtuels. La Terre sera une sorte de musée, curieux très beau, chargé de souvenirs, mais la seule raison pour laquelle nous y retournerons sera pour être en couple », déclarait-il au magazine Usbek & Rica.

On verra bien.

Dans une seconde vie ?

 

 

 

Article rédigé par Thierry Randretsa

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