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Technologie et emploi : demain, tous chômeurs ?

De l'impact du numérique sur l'emploi

21/12/2017

Voitures autonomes, robots ménagers, traducteurs automatiques, caméras intelligentes… Si les nouvelles technologies nous apportent un confort indéniable, elles affectent également nos modes de vie. L’essayiste américain Jeremy Rifkin prédisait en 1995 la « fin du travail ». Alors demain, tous chômeurs ?

« Ne vous plaignez pas que le progrès technique détruise des emplois, il est fait pour cela », affirmait l’économiste français Alfred Sauvy en 1981. Ce ne sont pas les innovations technologiques actuelles qui démentiront l’auteur de « La vieillesse des Nations ». L’actualité nous abreuve de nouvelles formidables sur le front du progrès technique censé nous faciliter la vie :

  • bientôt, il ne sera plus nécessaire de passer son permis de conduire, les voitures autonomes se dirigeront toutes seules ;

  • demain, nous n’aurons plus besoin de voyager « physiquement ». Il suffira d’enfiler son casque VR pour se rendre virtuellement à l’étranger depuis son bureau.

  • À terme, nous n’aurons plus à déplorer la mort de soldats en guerre puisque celle-ci sera menée par des systèmes d’armes létaux autonomes.

Chauffeurs de taxis, agence de voyage, guides touristiques, militaires… autant de métiers qui seraient promis au chômage technique sous l’effet de la numérisation et de la robotisation de nos sociétés. Et les prospectivistes de mauvais augure de nous prédire un avenir dystopique où le « meilleur des mondes » s’imposerait avec la fin du travail, de la douleur, des distances… et de l’humain tout court.

Pourtant, le programme était connu d’avance. Le mot « robot » est apparu pour la 1ère fois en 1921 sous la plume de l’écrivain tchèque Karcel Capek dans sa pièce « Rossum’s Universal Robot ». Il vient étymologiquement du mot « travail » et désigne des travailleurs artificiels. Par définition, le robot est donc destiné à travailler à notre place.

Cette crainte est-elle fondée ? Pour le chirurgien-urologue français Laurent Alexandre devenu prospectiviste et acteur du web (il est le fondateur du site doctissimo), la peur de voir l’intelligence artificielle (IA) s’accaparer le travail humain est séculaire. On peut la rattacher à la peur ancestrale de la mécanisation selon laquelle la machine s’imposerait dans toutes les activités humaines. De fait, comme le souligne le chercheur en IA Jean-Gabriel Ganascia, cette crainte est fondée. Par exemple, l’apparition de la riveteuse sur les chantiers navals du début du XX siècle a mis au chômage tous les ouvriers spécialisés qui faisaient ce travail « à la main ».

 

 

L’apocalypse n’est pas pour demain

 

Mais il n’est pas sûr que les prévision apocalyptiques se réalisent. Non, la machine ne se substituera pas totalement à l’humain. Tel est l’avis du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE). Celui-ci se présente comme « une instance d’expertise et de concertation sur l’ensemble des questions de l’emploi » placée auprès du Premier Ministre. Il a rendu le premier tome d’un rapport intitulé « Automatisation, numérisation et emploi » en début d’année. Ses conclusions vont à l’encontre des prédictions apocalyptiques. En effet, il estime à moins de 10 % la part des emplois menacée par l’automatisation et la numérisation. Sont principalement concernés les métiers manuels et peu qualifiés venant de l’industrie : ouvriers non qualifiés de la manutention, agents d’entretien, ouvriers non qualifiés de la mécanique, caissiers…

Le cabinet de conseil McKinsey & Company, leader dans le conseil auprès des directions générales, partage ces conclusions nuancées dans un rapport intitulé « A future that works : Automation, employment, and productivity » publié lui aussi cette année. L’organisme a analysé plus de 2 000 activités à travers 800 occupations professionnelles et 46 pays. Résultat : moins de 5 % de ces dernières peuvent être entièrement automatisées.

 

 

Le changement dans la continuité

 

Les technologies actuelles et à venir ne sont donc pas différentes des innovations techniques qui les ont précédées selon le COE. Celles-ci « ne se sont pas accompagnées d’une réduction de l’emploi, ni a fortiori de sa disparition ». Au contraire, elles ont été « globalement favorable » à l’emploi. Néanmoins, il faut rester prudent car les études sur l’impact des « seules technologies numérique et robotique » sont rares. Toujours est-il que « la perspective d’une disparition massive des emplois existants, que laissent entendre certaines études (…) n’est pas la plus probable ». Une affirmation à nuancer selon les pays puisque, selon le rapport McKinsey & Company, les activités potentiellement automatisables rassemblent dans le monde s’élève à 1,1 milliard. Mais le nombre d’emplois créés par l’automatisation varierait entre 1,1 et 2,3 milliards.

 

 

La révolution de l’emploi

 

Les conséquences de la technologie sur le travail ne se mesurent pas qu’à l’aune de la seule destruction d’emplois. À cet égard, le rapport du COE estime « qu’environ la moitié des emplois existants pourrait voir leur contenu profondément modifié ». Sont touchés les métiers manuels et peu qualifiés dans le secteur des services : agents d’exploitation des transports, employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration, aides à domiciles…

Le cabinet McKinsey & Company évoque le chiffre de 60 % des emplois susceptibles d’être en partie affectés par l’IA. Les principaux secteurs concernés sont l’hébergement et les services de restauration, l’industrie, l’agriculture, le transport et le stockage. À l’intérieur des secteurs, le potentiel d’automatisation n’est pas le même. Par exemple, dans l’industrie, il est de 90 % pour les activités physiques dans des environnements prévisibles (comme la soudure) mais de 30 % pour les représentants du service clientèle.

Pour le cabinet international, il ne faut pas s’attendre à une rupture immédiate. Le temps que les effets de l’automatisation se réalisent pleinement sur les emplois actuels peut prendre plusieurs décennies selon la faisabilité technique, les coûts de développement et les solutions de déploiement, les dynamiques du marché du travail, les bénéfices économiques, la législation et l’acceptation sociale.

 

 

Des perspectives de création d’emplois en France

 

QUID de la création d’emploi en France ? Nul doute que la numérisation et l’automatisation créera de l’emploi dans le numérique et, dans une moindre mesure en raison de la faible taille du secteur en France, dans la robotique. Toutefois, il faut aussi considérer la création indirecte d’emplois plus difficile à mesurer. L’IA va indéniablement être à l’origine d’innovations de produits ou de services. L’automatisation pourrait être une chance pour les secteurs exposés dans l’industrie en améliorant leur compétitivité susceptible de leur faire gagner des parts de marché à l’étranger, générant en retour une hausse de l’embauche pour gérer l’augmentation de la production. Dans le prolongement, cela pourrait avoir un effet positif sur les secteurs abrités (à la fois sédentaires, proches de leurs bénéficiaires et non soumis à la mondialisation).

Par ailleurs, l’automatisation des tâches pourrait mettre fin, voire inverser une tendance de la mondialisation qui a commencé dans les années 80 : la délocalisation du travail vers des pays dont la main d’oeuvre est à bas prix. Combiné à d’autres phénomènes comme la hausse des salaires dans ces pays ou la demande des consommateurs pour une offre plus locale, il est possible que la hausse de productivité et de compétitivité induite par les nouvelles technologies impliquent une relocalisation des emplois en France avec une baisse du chômage à la clé.

Deux dernières remarques pour terminer. En premier lieu, il faut aller au-delà de la question de l’emploi et de l’économie pour apprécier le rapport coût/avantage global des nouvelles technologies. Par exemple, le constat établi que les 35 000 décès causés par les accidents de la route aux États-Unis sont le fait d’erreurs ou de choix humains dans 94 % des cas peut peser lourd dans l’adoption des voitures autonomes.

En second lieu, les résultats prudents de ces études ne doivent pas masquer les possibilités d’évolution rapide de la situation. Dans son livre « La guerre des intelligences », Laurent Alexandre fait la lumière sur quelque chose que personne n’avait vu venir : l’obsolescence du métier d’orthodontiste. Composé de nombreuses tâches comme la prise d’empreintes, le diagnostic, la pose des plaquette etc., elles sont désormais prises en charge de façon beaucoup plus efficace par l’IA, plus précisément celle élaborée par la société américaine Invisalign. Cet exemple nous rappelle que l’IA peut aller beaucoup plus loin que les seuls tâches automatiques et « peu qualifiées ». Elle peut affecter des métiers que l’on croyait jusque là être l’apanage des seuls êtres humains en raison de leur complexité.

 

 

 

Article rédigé par Thierry Randretsa

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