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Big data : le nouveau moteur de l’industrie automobile

19/01/2018

Désormais, les voitures ne se contentent plus de consommer de l’essence : elles siphonnent de plus en plus vos données. 

Vous faites peut-être partie de celles et ceux qui prenez la voiture quotidiennement pour vos déplacements. Que ce soit pour aller au travail, déposer vos enfants à l’école, aller faire vos courses ou sortir le soir, vous ne vous séparez jamais de votre véhicule. Ces trajets du quotidien, bien qu’anodins en apparence, révèlent un grand nombre d’informations sur vous. Outre la localisation, il est possible de connaître votre vitesse moyenne, la rudesse de votre freinage, votre consommation d’essence, la radio ou la musique que vous écoutez. Sur certains modèles, on peut déterminer les magasins où vous vous rendez, la météo, combien de fois vous mettez votre ceinture de sécurité ou encore votre poids.

Aujourd’hui, les voitures se révèlent être des aspirateurs à données encore plus efficaces que les smartphones qui sont dans nos poches. Et la tendance n’est pas prête de s’arrêter. Bien au contraire.

 


Du code de la route aux lignes de code


Consumer Electronics Show aidant, l’attention du public est actuellement focalisée sur les véhicules autonomes présentée comme l’avenir de l’industrie automobile. « Libérant » l’humain de la charge de conduire, ils portent la promesse d’un trafic fluide, automatisé et sans accident. Pourtant, les Big Data modifient déjà en profondeur le secteur. Comme le souligne Lisa Joy Rosner, directrice générale d’Otonomo, une société qui vend les données issues des voitures connectées, dans le journal The Washington Post, les fabricants de voitures sont en train de se rendre compte qu’ils ne sont pas seulement des sociétés de matériel : ils s’occupent également du logiciel. Pour démontrer cela, Rosner a une comparaison éloquente : alors que la première navette spatiale comptait 500 000 lignes de code, la voiture de 2020 en aura 100 millions selon les prédictions de Ford.

 


Des routes en bitume aux autoroutes de l’information


Une raison à cela : nos engins motorisés sont de plus en plus connectés à Internet. Ils le seront quasiment intégralement à l’horizon 2021 en Europe et aux États-Unis selon l’entreprise américaine de conseil et de recherche dans le domaine des techniques avancées Gartner. On dénombre actuellement 78 millions de véhicules connectés pour les seuls États-Unis. Si la computarisation de l’automobile remonte aux années 60, elle n’a plus rien à voir avec la rupture provoquée par Internet.

En effet, il ne s’agit plus seulement de fournir un diagnostic pour avertir le conducteur d’un problème de batterie ou d’un défaut d’huile. En plus des problèmes de maintenance, une multitudes de services et de statistiques fournis par des sociétés privées sont à la disposition de l’automobiliste. Mais ces services ont un prix : vos données.

Or, si la libre circulation de ces dernières fait de prime abord moins mal que l’augmentation du prix de l’essence, elle pourrait se retourner à terme contre les consommateurs. L’augmentation exponentielle du volume de données aspirées a donné lieu à un marché sur lequel des sociétés comme Otonomo font des affaires grâce à vos trajets quotidiens. Parmi ses clients, on trouve des développeurs d’application de parking qui cherchent à mieux comprendre le trafic en ville. Mais il y a peut-être aussi des sociétés d’assurances susceptibles d’être intéressées par vos rendez-vous récurrents chez le médecin ou à l’hôpital et qui seraient tentées d’augmenter vos cotisations.

 


De la circulation routière à la circulation des données


Pourtant, parler de libre circulation des données serait un abus de langage. Aux États-Unis, les constructeurs automobiles n’ont pas le droit de partager des données à des tiers sans le consentement de leur propriétaire. Cette protection apparaît dans le contrat d’achat ou dans le manuel d’utilisation. Pour autant, cela n’empêche pas les constructeurs d’utiliser les données à leur propre bénéfice. Une raison à cela : le temps (rapide) du développement technologique n’est pas celui (long) de la loi. Résultat : il n’existe toujours pas de régime juridique applicable à la collecte de données et à la façon de procéder.

Cependant, juristes et experts sont formels : l’industrie automobile a su se préserver des scandales liés à la violation de la vie privée comme les entreprises de la Silicon Valley en sont coutumières. Une réputation qui pourrait changer à mesure que nos citadines et autres berlines « avalent » autant (si ce n’est plus) de données que de kilomètres comme l’illustrent les tendances à venir que sont la voiture autonome et la Smart City.

 

 


Article rédigé par Thierry Randretsa

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