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Tendances, entrepreneuriat, innovations et actualité digitale : De bitume et de données : la Smart City
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De bitume et de données : la Smart City

Qu'est-ce qu'une smart city ?

14/11/2017

Dans une étude intitulé « La plateforme d’une ville | les données personnelles au cœur de la fabrique d’une ville », le laboratoire d’innovation numérique de la Commission nationale Informatique & Libertés (CNIL) examine en profondeur les enjeux qui animent la Smart City et l’utilisation des données.

Le concept de Smart City serait née à l’occasion d’une discussion entre Bill Clinton et John Chambers, président de Cisco (entreprise américaine spécialisée dans un premier temps dans le matériel réseau puis, dans un second temps, dans les serveurs). L’ex-Président des États-Unis a mis au défi son interlocuteur de rendre les villes plus durables et intelligentes.

À l’heure où plus de la moitié de la population mondiale vit dans des villes et que les projections de l’ONU prévoit une population urbaine de 2,6 milliards d’habitants (66 % de la population mondiale) à l’horizon 2050, la question de la gestion de cette accroissement démographique urbain se pose aussi bien sur le plan économique, social et environnemental. Or, une solution semble se dessiner.

 

 

Utopie

 

Elle peut se résumer en un mot : data. Son projet : la smart city. Charriant son lot de promesses, elle façonne l’imaginaire des prospectivistes de tous poils au point qu’elle serait à l’origine d’un nouvel âge des utopies succédant aux rêves libertaires des années 60-70, socialistes du XIXème siècle, humanistes de la Renaissance…. À peine née, le concept connaît déjà plusieurs déclinaisons. À la ville intelligente verticale gérée depuis un centre et semi autoritaire, a succédé la notion de « smart citizen » qui signale une réappropriation de la ville par l’humain à travers le projet de « civic hackers » comme Open Street Map (outil de cartographie collaborative). Depuis, ce sont les industriels de la data qui à grand coup d’Uber et d’Airbnb refaçonnent le champ urbain.

Pourquoi s’enthousiasmer pour la ville intelligente ? Parce qu’elle « promet aux individus, habitants ou de passage, une expérience sans couture, sans friction, des villes interopérables, des services performants et mis à jour en permanence » selon la description faite par la CNIL. À n’importe quel moment, à n’importe quel endroit, le citoyen bénéficie d’un service personnalisé, optimisé et gratuit. Face à une telle performance, la puissance publique ne l’est plus que de nom. En France, on se rappelle de l’échec de l’application « Alerte attentat » face au Safety Check de Facebook disposant d’une plus large base d’utilisateurs.

 

 

La Smart City au service du bien commun ?

 

Mais la somme des intérêts particuliers de ces applications contribuent-elles pour autant à l’intérêt général ? Ce n’est pas toujours le cas, l’intérêt privé même multiple entrant parfois en contradiction avec le bien commun. C’est ainsi qu’une application qui facilite l’usage de l’automobile en ville n’est pas compatible avec l’objectif de la collectivité de réduire l’emploi de ce moyen de transport. En outre, l’utilité de ces services ne doit pas faire oublier qu’ils sont fournis par des entreprises animées par une logique du profit qui les pousse à capter au maximum l’attention du public. Une société comme Uber a pu faire apparaître des véhicules fantômes sur son application pour faire croire à une offre abondante.

La donnée étant le moteur de la Smart City, se pose irrémédiablement la problématique de la vie privée. L’accès et la manipulation de celle-ci est le corollaire de la gratuité. Ne dit-on pas sur internet que lorsque c’est gratuit, c’est vous qui êtes le produit ? Que deviennent les données utilisées pour faire fonctionner la ville intelligente ? Comme le souligne la juriste Roseline Letteron, Professeur de droit public à l’université Paris-Sorbonne, elles font l’objet d’une utilisation extrêmement diversifiée et ce d’autant plus que « le propriétaire des données ignore le plus souvent leur captation ». En 2016, la ville de Londres a expérimenté le « Pocketsourcing » : le wifi des smartphones des utilisateurs était utilisé à leur insu pour connaître et gérer les flux des voyageurs. Comme l’indique la CNIL, cette « captation des données par les foules » nous éloignent encore plus des « attentes raisonnables de vie privée ». Après tout, ne sommes-nous pas propriétaires de notre smartphone et ne devons-nous pas consentir aux flux qui le traversent ?

 

 

Intelligence ou surveillance ?

 

Avec l’avènement des objets connectés, cette captation est également le fait des éléments de l’infrastructure publique. Toujours à Londres, ses habitants avaient protesté contre l’installation de poubelles dotées de wifi tracking à des fins publicitaires. À l’instar des navigateurs, la rue est désormais la proie des « cookies ». Mais tel serait le prix à payer pour des poubelles intelligentes qui réduirait notre empreinte écologique. L’intelligence doit être partout car elle est infaillible. Elle contribue au respect de l’environnement tout comme elle permet de « fluidifier » la circulation en ville en éliminant les « maux de congestion ». En poussant la logique jusqu’au bout, la Smart City serait gouvernée de façon autonome par une intelligence artificielle connectée à tous les objets et réduirait l’humain à une simple variable d’ajustement.

La fluidification justement, parlons-en. Est-elle souhaitable ? Non, si on en croit la CNIL. Pourquoi ? Car l’utilitarisme à tous crins des applications 2.0 n’est encore une fois pas compatible avec l’intérêt général. « Accroître la vitesse de déplacement n’est pas un optimum de société », nous dit la CNIL. Au point que la congestion peut être souhaitable. Cela pousse les urbanistes à redessiner le territoire de la ville pour lutter contre les logiques algorithmiques de contournement susceptibles de créer des nuisances pour les habitants, par exemple.

Mais s’il y a bien un domaine où la vie privée passe par pertes et profits, c’est la sécurité. Celle-ci est alors « traitée comme un « flux » supplémentaire que l’on pourrait suivre, mesurer, optimiser et peut-être même prédire ». À l’instar du « rapport minoritaire » de Philip K. Dick, la prédiction est devenu le La des politiques sécuritaires dopées à coup de data permettant d’ « analyser » les comportements » et d’identifier les malotrus (dont la reconnaissance faciale – directement implémentée dans l’iPhone X – est le dernier avatar) au risque d’opérer des inférences erronées ou stigmatisantes.

La surveillance est d’autant plus aisée qu’elle est invisible grâce à la miniaturisation des instruments de captation et la permanence de cette dernière sur les réseaux sociaux. Cette asymétrie place le citoyen dans une situation de vulnérabilité qui fait que, définitivement, « in the city, everybody knows you’re a dog ». L’anonymat est fragilisée. Se sachant sous contrôle, le citoyen adapte son comportement. Au lendemain des révélations d’Edward Snowden, la consultation de certaines pages Wikipédia sur des sujets sensibles (terrorisme, radicalisation...) a chuté de façon drastique.

Pour autant, cette surveillance pourrait se traduire par plus d’insécurité. Le tout connecté rend la smart city vulnérable aux attaques informatiques dont les conséquences sont potentiellement dévastatrices lorsque leurs cibles sont des infrastructures critiques. Par exemple, en 2013, des pirates avaient tenté de prendre le contrôle d’un barrage près de New York.

Face à ce tableau sombre, il est possible d’avancer des solutions conciliant l’utilité de ces applications et le respect de la « privacy ». Si plusieurs modèles sont envisageables, la CNIL semble jeter son dévolu sur les « Communs », seule solution qui semble respectueuse des « individus et de leurs libertés ». Selon la chercheuse et activiste Valérie Peugeot, il s’agit de « développer une sphère de données en Communs, c’est-à-dire de données qui peuvent être considérées comme une ressource collective, et qui n’entrent ni dans le régime des biens gérés par la puissance publique stricto sensu, ni dans un régime de marché ». Ce régime repose « sur une gestion par une communauté de la ressource considérée, qui organise ses règles de gouvernance, en s’appuyant sur un « faisceau de droits ». Cet objectif ne relève pas de l’utopie. Il est déjà en germe dans différentes législations, qu’elles soient françaises, européennes ou américaines.

Le règlement européen sur la protection des données (RGDP) qui doit entrer en application l’année prochaine en est un exemple emblématique.

 

 

 

Article rédigé par Thierry Randretsa 

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