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Tendances, entrepreneuriat, innovations et actualité digitale : L’insoutenable légèreté de Youtube kids
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L’insoutenable légèreté de Youtube kids

Des dangers de Youtube

13/11/2017

James Bridle est un artiste, écrivain et journaliste anglais vivant en Grèce. Ses écrits portent sur la technologie et notamment Internet. Il s’est récemment fendu d’un billet sur la plateforme Medium au sujet des vidéos destinées aux plus jeunes sur la Toile. Passionnant et inquiétant.

Bridle est né en 1980. Il appartient à cette fameuse génération Y qualifiée de « Digital Native ». Il a assisté au développement d’Internet qui a façonné sa culture et sa façon de voir le monde. S’il perçoit plutôt le web de façon positive, il n’hésite pas à critiquer ses dérives. Dans son dernier billet, il se penche sur une tendance qu’il juge préoccupante : l’exposition des enfants à des contenus inappropriés.

 

 

Référencement et automatisation

 

Bridle vise principalement Youtube Kids et son algorithme de suggestion de vidéo. À l’instar de son alter ego consacré à la recherche, il est manipulé et détourné dans le but de produire des vues. Par exemple, nombre de vidéos viennent de chaînes non officielles qui se contentent de recopier celles de chaînes officielles comme Play Go Toys.

 

Autre technique pour augmenter la visibilité et la portée de ses vidéos : l’optimisation par mots-clés. Jusque là, rien de choquant. Ces derniers sont une des techniques employées dans le cadre du référencement naturel pour améliorer la position de son contenu dans les résultats de recherche. Or, il semblerait que Youtube n’applique pas les même filtres que Google ou qu’ils soient moins exigeants. Résultat : nombre de vidéos ont des titres à rallonge et pour le moins bizarres dans le but d’intégrer le plus de mots-clés à succès. Ce qui semble s’apparenter à du « keyword stuffing » (« usage abusif de mots-clés » en principe sanctionné par Google) voit sa force de frappe démultipliée par l’intervention de bots, même s’il reste difficile d’évaluer précisément leur part.

Autrement dit, les enfants peuvent être exposés à des vidéos qui sont le résultat pour le moins aléatoire d’un référencement malhonnête et de l’action de robots. Bridle est perplexe face au succès de chaînes qui filment et montent des vidéos créées uniquement en fonction des mots-clés en vogue. Quitte à suivre une logique, autant aller jusqu’au bout. C’est ainsi que la chaîne Videogyan 3D Rhymes – Nursery Rhymes & Baby Songs se contentent de reconfigurer une même vidéo en procédant à des assemblages différents d’animations, de sons et de mots-clés pour produire plusieurs contenus par semaine. Peu importe la qualité, pourvu que le résultat arrive en “top tendance” et soit exposé à la vue et au su de tous.

 

 

Vers la production de cauchemars automatisés de masse

 

Et alors ? Serait-on tenté de dire. Où est le problème si le contenu proposé reste décent (problématique de la captation de l’attention mise à part qui n’est pas au centre de l’essai de James Bridle) ? Justement : la décence s’arrête là où commence la suggestion de vidéo. Le caractère non officiel des chaînes mélangé à une forte dose d’automatisation finit par conduire vers des contenus inappropriés sans que l’on sache vraiment comment cela s’est passé.

Bridle en veut pour preuve une vidéo apparue suite à une recherche concernant la comptine « finger family ». Elle est proposée par la chaîne BabyFun TV. Le contenu proposé n’a plus rien à voir avec la chanson originale. On voit le corps sans tête du personnage d’Aladdin du dessin animé du même nom. Des têtes d’autres personnages tournent autour du corps et se posent successivement sur ce dernier. Lorsque les deux ne correspondent pas, la petite Agnès de « Moi, moche et méchant » apparaît et pleure. Dans le cas contraire, elle est contente.

Si l’ensemble est plutôt inoffensif, on ne peut s’empêcher de trouver la vidéo bizarre. Mais d’autres vont plus loin. Ainsi, l’expression « bad baby » utilisée par BabyFun TV est susceptible de conduire vers les productions de la chaîne Toy Freaks sur lesquelles on peut voir deux petites filles jouer avec leur père. Au programme : du contenu de mauvais goût avec violence et vomi à la clé.

La journaliste Laura June avait sonné l’alerte en début d’année sur le site The Outline. Elle avait surpris sa petite fille en train de regarder un épisode de Peppa Pig (un dessin animé britannique populaire) quelque peu particulier. En l’occurrence, on peut voir le cochon Peppa se faire… torturer par un dentiste ! L’absurdité algorithmique est telle que pour regarder l’épisode officiel, il faut se rendre sur une chaîne… non officielle ! Et des vidéos de ce genre, il en existe d’autres comme celles où Peppa mange son père et ce de façon extrêmement graphique.

On pourrait se rassurer en se disant que c’est l’affaire de quelques trolls voulant « subvertir le système » par des vidéos parodiques glissées dans des suggestions pour enfant. Pour James Bridle, il n’en est rien. Le mal est logé au coeur de Youtube, une plateforme dont on peut tirer un maximum de revenus en faisant en maximum de vues par des techniques de hacking. Le contenu pour enfant est privilégié car il est peu onéreux. À l’instar de Videogyan 3D Rhymes – Nursery Rhymes & Baby Songs, une vidéo peut en produire de nombreuses autres en la reconfigurant et sans être astreint à des standards graphiques élevés. Le pire est qu’il ne semble pas y avoir d’autre solution que de fermer Youtube même. En effet, nous avons avons largement dépassé la masse critique au-delà de laquelle tout contrôle humain est impossible.

Et cela vaut aussi bien pour le contenu pour enfant que celui pour adulte avec son lot de violences, de fake news, de théories du complot et de climato-scepticisme.

 

 

 

Article rédigé par Thierry Randretsa

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