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News - Réseaux sociaux

Haro sur Facebook !

Quel danger peut représenter Facebook ?

15/12/2017

Le réseau social de Mark Zuckerberg est la cible de critiques virulentes de la part d’anciens employés. Dernière et non des moindres : la charge remarquée et insultante de Chamath Palihapitiya. Ambiance.

Nous sommes sur la scène d’un amphithéâtre de la prestigieuse Stanford Graduate School of Business. Le public est composé d’étudiants appelés à devenir la future élite dirigeante. C’est dans ce cadre haut de gamme que l’invité est interrogé sur les réseaux sociaux, notamment Facebook. L’homme s’exprime sans détour : « nous sommes à un point où nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social de nos sociétés ».

 

 

« Je n’utilise pas cette m... »

 

Rien que ça. Puis, il s’explique : « les boucles à court terme centrées sur la dopamine que nous avons créées détruisent la façon dont fonctionnent nos sociétés. [Il n’y a pas] de discours civique, pas de coopération [mais de la] désinformation [et du] mensonge. Le problème ne se réduit pas à l’Amérique: il est global. La situation est mauvaise. Elle érode les fondements mêmes de nos comportements ».

La charge est violente. Elle ne s’arrête pas là et pointe notre responsabilité collective dans ce vide nuisible créé par les réseaux sociaux : « nous aggravons le problème [en organisant] nos vies autour de ce sentiment de perfection car nous sommes récompensés par ces signaux à court terme : coeurs, likes, pouces levés. Et nous mélangeons cela avec de la valeur, de la vérité. Et au lieu de ça, vous avez une popularité fausse et fragile ».

Il prend le public à parti : « si vous nourrissez la bête, la bête vous détruira ».

Emporté par sa vindicte, il se laisse aller à des propos triviaux qui tranchent quelque peu avec la retenue habituelle des conférences du genre : « Je n’utilise pas cette merde (…). Je n’autorise pas mes enfants à utiliser cette merde ».

Fichtre ! Qui peut bien être à l’origine de ce réquisitoire ? Il s’agit de Chamath Palihapitiya. Ce n’est pas n’importe qui. En effet, l’homme fut le vice-président en charge de la croissance de l’audience chez Facebook.

 

 

Les masques tombent

 

Son intervention rappelle à quel point l’année 2017 a été contrastée pour le réseau social. D’un côté, le succès public et économique que l’on peut résumer à deux chiffres : deux milliards d’inscrits et une valeur de 500 milliards de dollars. De l’autre, une réputation ternie par des accusations de désinformation et de manipulation notamment lors de l’élection présidentielle américaine qui lui ont valu d’être entendu par le Congrès.

À cela s’ajoute une vague de témoignage d’anciens employés qui ont soudainement décidé de faire acte de contrition en public. Parmi ceux-ci, on compte Justin Rosenstein, ancien ingénieur chez Facebook et inventeur du bouton « like ». Co-fondateur du réseau social, Sean Parker fait également parti des repentis. Mais Facebook n’est pas la seule entreprise visée : tous les géants du web, de Google à Twitter, sont concernés.

Ces témoignages partagent plusieurs points communs. Ils viennent tous de personnes de l’ « intérieur » qui ont forgé les outils qu’ils dénoncent maintenant. C’est un gage de légitimité : ces anciens ingénieurs ou product managers savent de quoi ils parlent. C’est pourquoi leurs critiques se concentrent avant tout sur la question de la captation de l’attention et sur ses conséquences psychologiques et sociales et moins sur la vie privée et l’économie qui ne sont pas leurs domaines de prédilection.

Autre récurrence : la radicalité du discours. Ainsi, James Williams, ancien stratège chez Google chargé du système de statistiques régissant la publicité sur le moteur de recherche, décrit ces créations comme « la forme la plus grande, la plus standardisée et la plus centralisée de contrôle de l’attention de l’histoire humaine ». Pour Tristan Harris, également ancien employé chez la firme de Mountain View, « nos esprits peuvent être piratés. Nous ne sommes pas aussi libres que nous le pensons ». Par conséquent, « il n’y a [aujourd’hui] pas de problème plus urgent » que celui de l’économie de l’attention. Pour Rosenstein, il n’y a pas de retour en arrière possible car ils forment la dernière génération à avoir connu le monde sans smartphone. Leur voix doit donc être entendue.

Ce discours alarmiste peut prêter à sourire venant de personnes ayant contribué à façonner le monde 2.0 actuel. Ce sourire peut devenir un rire jaune quand certaines d’entre elles plaident non coupables, estimant avoir eu les meilleures intentions au moment de la conception de ces outils aujourd’hui décriés.

Au final, faut-il alors voir dans ces témoignages un discours sincère ou un acte d’opportunisme après les soubresauts politiques mondiaux dont ces grandes plateformes numériques seraient en partie responsables ? Difficile à dire. Toujours est-il que travailler chez Facebook & Cie leur a permis de constituer un pécule leur permettant de financer leurs nouveau projets. Désormais, le mot d’ordre est de faire le bien comme en témoignent l’Institut d’immunothérapie contre le cancer de Sean Parker ou le fond d’investissement Social Capital de Chamath Palihapitiya.

« Do the right thing », comme dirait le slogan de Google.

 

 

 

Article rédigé par Thierry Randretsa

 

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