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News - Réseaux sociaux

Twitter : faux comptes, vrais succès

29/01/2018

Le business des faux comptes fait florès sur les réseaux sociaux comme l’a révélé récemment une enquête du New York Times. Un succès qui n’est pas prêt de s’arrêter tant il épouse le modèle économique de ces plateformes.

Si vous avez un compte Twitter, vous êtes peut-être déjà tombé sur l’un d’entre eux. « Eux », ce sont les faux comptes. En apparence, tout a l’air normal : un nom, une bio, une photo, une couverture. Mais à regarder de plus près, un détail finit par clocher : un nom d’utilisateur bizarrement orthographié, des tweets hétéroclites mêlant business et contenus pour adultes, des messages dans plusieurs langues, un grand nombre de followers en décalage avec la faible quantité de tweets produits,…

 


Des bots par millions

Ces faux comptes pullulent sur les réseaux sociaux et particulièrement sur Twitter. On en dénombrerait pas moins de 48 millions, soit 15 % de l’ensemble des utilisatrices et utilisateurs. Un chiffre impressionnant démenti par l’entreprise. Par comparaison, Facebook et son parc de deux milliards d’utilisateurs n’en aurait « que » 60 millions.

Mais qui sont ces faux comptes ? Ce sont des bots c’est-à-dire des programmes informatiques chargés d’administrer un compte Twitter via l’API de la plateforme. Leurs actions sur le réseau dépendent de la façon dont ils ont été programmés. Ils sont souvent utilisés par les marques pour faire de la relation-client. Mais ils peuvent être employés dans d’autres contextes. Ainsi, @tinycarebot prodigue des conseils pratiques relatifs au bien-être. Dans un tout autre contexte, les Twitters bots ont joué un rôle non négligeable de propagande lors des dernières élections présidentielles américaines.

 

 

La notoriété fait autorité

Mais il y un domaine où l’usage des bots semblent faire l’unanimité, c’est celui de la réputation, ou plutôt de l’e-réputation. C’est ce que révèlent les journalistes Nicholas Confessore, Gabriel J.X. Dance, Richard Harris et Mark Hansen dans une enquête du New York Times publiée le 27 janvier et intitulée « The Follower Factory ». Elle s’intéresse particulièrement à une entreprise active dans la vente de faux comptes : Devumi. Dirigée par un dénommé German Calas, elle aurait fourni à ses clients plus de 200 millions de faux comptes Twitter.

Ces derniers empruntent de vrais éléments d’identité d’utilisateurs du réseau social aux États-Unis et dans une douzaine de pays, qu’ils soient majeurs ou mineurs, twittos compulsifs ou détenteur d’un compte dormant. Il est difficile de distinguer le vrai profil du faux. C’est l’examen des abonnements et du fil d’actualité qui permet de faire la différence. Dans le premier cas, les comptes suivis sont nombreux et ont peu d’abonnés. Dans le second cas, les tweets et retweets n’ont rien à voir et se font dans plusieurs langues.

Ce qui frappe dans l’article du Times est l’ampleur de la pratique. Il semble que toute personne ayant un début d’image publique ait eu recours aux services de Devumi : stars de la TV réalité, sportifs professionnels, acteurs, politiques, influenceurs, entreprises, universitaires, journalistes, pasteurs, mannequins… Tous ont bénéficié de ses prestations, y compris une membre du Conseil d’Administration de Twitter, même si peu l’ont reconnu. Parmi les plus célèbres, on peut citer l’acteur américain John Leguizamo et Lenín Moreno, le Président de l’Équateur. Des agences de marketing et de relations publiques achètent également des Twitter bots pour leurs clients.

Comment expliquer un tel phénomène ? Par le rôle joué par la notoriété dans l’influence sur les réseaux sociaux (et sur internet de manière générale). C’est en quelque sorte la loi du plus fort : plus vous avez de followers, plus vous avez de chance que vos contenus soient vus, consultés et objets d’interactions. Soumis à l’infobésité et pressé par le temps, l’utilisateur n’a d’autres choix que de suivre cette « loi » pour sélectionner ses informations. « Si cette personne a autant de followers, c’est sûrement parce qu’elle a des choses intéressantes à dire », croit-il penser.

Dans le cas des influenceurs, c’est carrément leur rémunération qui dépend étroitement de leur audience. Selon Captiv8, une entreprise qui met en contact influenceurs et marques, les premiers peuvent toucher en moyenne 2 000 dollars pour un tweet promotionnel lorsqu’ils ont 100 000 abonnés. Lorsque ceux-ci atteignent le million, la somme s’élève à 20 000 dollars.

Les conséquences peuvent être plus fâcheuses dans certaines entreprises qui pressées de « faire du chiffre » ne laissent pas d’autres choix à leurs employés que d’acheter des abonnés. Et n’oublions pas les premières victimes du fléau : les utilisatrices et utilisateurs dont les profils sont plagiés et dont la réputation peut être ternie par un compte quasiment identique mais au contenu peu recommandable.

Que fait justement Twitter face à ce problème ? La firme déclare lutter contre sur la base de sa politique antispam. Mais force est de constater que ses efforts restent insuffisants. Le compte de Devumi n’a été fermé que samedi juste après la publication de l’article. En outre, des mesures aussi simples que des tests anti-spam au moment de l’inscription pourraient être mises en place. Certains commentateurs estiment que la plateforme n’a pas intérêt à en faire trop contre ces faux comptes sous peine de faire baisser le parc du nombre d’utilisateurs, elle qui désespère de voir ce dernier stagner alors que d’autres réseaux sociaux connaissent des progressions plus fulgurantes. D’ailleurs, Twitter est en partie responsable de cette politique du chiffre après avoir rendu progressivement visibles le nombre des interactions touchant les tweets.

Sans enrayer cette logique, il est donc difficile d’envisager un futur sans faux comptes.

 

 

 

Article rédigé par Thierry Randretsa

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