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Tendances, entrepreneuriat, innovations et actualité digitale : Il faut parler de désinformation, pas de fake news
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Il faut parler de désinformation, pas de fake news

Qu'est-ce que la désinformation ?

14/03/2018

Un rapport d’un groupe d’experts de haut niveau commandé par la Commission européenne plaide pour l’abandon de l’expression « fake news » au profit de l’emploi du terme « désinformation ».

Et si nous faisions fausse route en parlant à tout bout de champ de « fake news » ? C’est ce que suggère le rapport de la Commission européenne sur le sujet intitulé « une approche multidimensionnelle de la désinformation ». Ce travail est l’œuvre d’un groupe de 39 membres composé d’universitaires, de journalistes, de représentants des plateformes en ligne ou encore de membres de la société civile. Issus des 28 Etats de l’Union européenne, ces experts ont été dirigés par la Professeure Madeleine de Cock Buning. Le rapport a été remis à la Commissaire européenne pour l’économie et la société numérique Mariya Gabriel.

Le groupe était chargé de définir l’étendue du phénomène lié aux fausses informations, d’identifier le rôle des acteurs impliqués, de déterminer les responsabilités des parties prenantes et de formuler des recommandations. Le fruit de leur travail est condensé dans ce rapport qui n’est que la première étape d’un long processus. Des mesures seront prises sur la base de cette étude, suivies d’une évaluation de leur efficacité puis d’un nouvel examen de la Commission au printemps 2019.

 


Des fakes news qui faussent le débat


Parmi les propositions censées apporter une contribution significative au débat, le groupe d’experts recommande l’abandon pure et simple de l’expression fake news pourtant retenue initialement par la Commission européenne. En effet, ce concept « fourre-tout » inclut tout un spectre d’informations qui vont de l’erreur de bonne foi à la campagne de communication visant à perturber une campagne électorale en passant par les discours politiques et les appâts à clics.

Le rapport met l’accent sur les pratiques les plus à risque, celles qui représentent une menace à terme pour nos institutions. C’est pourquoi il se concentre sur le problème de la désinformation définie comme « l’information fausse, inexacte ou trompeuse conçue, présentée, et promue pour causer intentionnellement un dommage public ou pour poursuivre des fins lucratives ». Elle présente un risque pour les « valeurs et les processus politiques démocratiques » que ce soit dans le domaine des sciences, de la santé, de l’éducation, des finances etc. En outre, la désinformation est motivée par l’appât du gain ou par l’idéologie, ce qui ne l’empêche pas d’être exacerbée par différentes communautés et audiences par leurs interactions. L’intentionnalité est fondamentale dans la reconnaissance du phénomène comme objet d’étude : le groupe d’experts écarte l’hypothèse où la désinformation partagée n’est pas reconnue comme telle.

 


Une expression simpliste (les fake news) pour saisir un phénomène complexe (la désinformation)


Par ailleurs, l’expression « fake news » ne permet pas de saisir toute la complexité de la désinformation. Une information peut être fausse en l’état en raison d’une erreur ou d’une imprécision. Là encore, il s’agit de mettre en avant le caractère délibéré de la manœuvre. En parlant de désinformation, on peut inclure des pratiques comme la manipulation, l’astroturfing, le recours aux bots, aux faux profils, le troll… Le terme rappelle que les campagnes dites de « fake news » sont l’affaire de professionnels qui suivent une stratégie précise et utilisent des méthodes éprouvées.

L’expression « fake news » est d’autant plus inadaptée qu’elle a été politisée et récupérée par ceux-là même qui les propagent. En effet, il est devenu courant dans la bouche de certains politiciens de parler de fake news à l’égard des médias pour mieux les discréditer. Dans l’esprit du public, les fausses informations sont d’ailleurs associées au débat politique partisan et au journalisme de mauvaise qualité plutôt qu’aux formes subtiles et pernicieuses de désinformation. Il faut insister sur le fait que celle-ci cause un préjudice sans pour autant se confondre avec d’autres formes de discours illégales comme la diffamation ou l’incitation à la haine. C’est aussi un problème technologique qui affecte les algorithmes et les protocoles des plateformes et qui passera par d’autres voies dans un futur proche comme les applications de messagerie privée, les chat bots ou les assistants vocaux.

Pourtant, si les médias numériques ont clairement permis le développement de certaines formes de désinformation, ils ne sont pas les seules responsables. Il s’agit bien d’un problème aux multiples facettes dans lequel les politiques, les médias, la société civile aussi bien que les plateformes ont leur part de responsabilité.

Pour finir, une attention spéciale doit être portée à la désinformation pendant les campagnes électorales à l’instar de la future loi française relative à la lutte contre les fausses informations. En effet, c’est un des moments de la vie démocratique au cours duquel le citoyen fait un choix éclairé qui requiert d’être informé de façon exacte. Or, il est menacé par la désinformation qui se déroule notamment sur les réseaux sociaux même si ses effets sur le vote et la suspicion généralisée à l’égard du processus démocratique n’ont pas encore été déterminés avec précision par la recherche.

 

 


Article de Thierry Randretsa

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